Petit lexique toponymique de Grande-Vallée (partie 1)

Photo: Jacques De Lesseps. Musée de la Gaspésie. Collection Centre d'archives de la Gaspésie. P57/4/62.

Photo: Jacques De Lesseps. Musée de la Gaspésie. Collection Centre d’archives de la Gaspésie. P57/4/62.

En général, la toponymie gaspésienne est riche et colorée. On a qu’à penser aux localités de Manche-d’Épée, Gros-Morne, L’Anse-Pleureuse et Cloridorme qui arborent toutes des toponymes originaux qui viennent piquer notre curiosité. J’avais envie aujourd’hui d’explorer la toponymie de mon village, à travers des angles ethnologiques, historiques et généalogiques. Partie un d’un coup d’oeil sur différents lieux-dits de Grande-Vallée.

Anse-à-Collin

L’Anse-à-Collin est située au coeur du village. Vue du fleuve, il s’agit de l’anse qu’on retrouve entre l’anse de la Rivière Grande-Vallée et l’Anse-à-Mercier. Bien plus qu’un nom qui réfère à la petite baie, l’Anse-à-Collin est aussi un secteur du village où se sont enracinées plusieurs familles dès la fin des années 1840. Elle doit son nom à Charles Collin, un des premiers résidents de l’endroit. Magnymontois de souche comme la plupart des autres pionniers de Grande-Vallée, Collin et son épouse Geneviève Avoine sont arrivés ici au début des années 1850. Deux de leurs enfants y sont nés : Julie (1852) et Adèle (1853). Ils vendent leur terre à Marcel Côté et quittent définitivement leur anse en 1856 pour s’installer à Ste-Anne-des-Monts.

Anse-à-Mercier

L’Anse-à-Mercier est située à l’est du village, juste à côté de l’Anse-des-Gagné. Cette petite baie évoque le souvenir d’un autre pêcheur venu s’installer temporairement à cet endroit au cours des années 1840-50, soit un dénommé André Mercier. Nous avons peu d’informations à son sujet, puisqu’il n’a pas laissé de traces à Grande-Vallée. Notez qu’il n’a aucun lien évident entre André Mercier et les Mercier originellement établis à Cloridorme.

Anse-des-Gagné

À l’est de la localité, l’Anse-des-Gagné doit son nom à Ferdinand Gagné, père de la lignée de la famille Gagné de Grande-Vallée. Ce dernier s’est d’abord installé avec sa famille à l’ouest de la rivière à la fin des années 1850. Sa femme Éléonore Richard était la soeur d’Augustin Roméric et d’Irénée Richard, arrivés simultanément au village. Après quelques années passées au Noroît, Ferdinand Gagné se voit concéder une terre à l’est et il donna son nom à l’anse où ses embarcations devaient mouiller. Gagné est décédé à Québec quelque trente ans après son établissement à Grande-Vallée. Ses fils Charles et Pierre Célestin ont contribué à la perpétuation du patronyme au nord de la Gaspésie.

Côte-du-Courier

La Côte-du-Courier est située à l’ouest. Bien avant la construction de la route reliant Grande-Vallée et Rivière-Madeleine, cette petite côte était la porte d’entrée du village pour les voyageurs qui, jusqu’à la construction de routes, parcouraient la côte gaspésienne à pied par les plains. Le facteur Timothée Auclair et ses successeurs chargés de la difficile tâche de livrer le courrier sur le littoral nord, empruntaient ce petit chemin. L’appellation « Côte-du-Courier » date des années 1855-1860, au moment où Auclair était « porteur des malles de sa Majesté » dans notre secteur.

Cap-Barré

À l’ouest, nous retrouvons le Cap-Barré qui fut désigné ainsi à cause de la disposition des roches sédimentaires qu’on y retrouve. Ces dernières forment des couches alignées verticalement.

Cap-des-Soeurs

Le Cap-des-Soeurs désigne la falaise d’où surplombe l’église et l’école primaire, jadis le couvent. Les religieuses du St-Rosaire, les Soeurs de St-Paul-de-Chartes (Merci à M. Régis Fournier pour la précision) de même que les Ursulines ont enseigné dans cette école pendant de nombreuses années, dès les années 1940.

Colonie (Val-d’Esdras, Vallée-d’Esdras, Grande-Vallée-des-Monts)

La Colonie, aussi appelée Val-d’Esdras, Vallée-d’Esdras et Grande-Vallée-des-Monts, est situé au sud du noyau villageois, et se veut un hameau longeant la rivière Grande-Vallée. Au milieu des années 1930, le terres de l’arrière-pays de Grande-Vallée sont restituées à la population grâce à l’aide d’Esdras Minville, fils du village et éminent sociologue et économiste aux HEC de Montréal. Dans la foulée des mesures de retour à la terre mises de l’avant par le gouvernement provincial pour enrayer les difficultés économiques de la Grande Dépression, ces terres sont mises à la disposition des colons, des hommes mariés d’ici ou d’ailleurs qui s’engageaient à défricher et cultiver les terres. Ce sujet mérite à lui seul un billet complet.

Côte-des-Fournier

La Côte-des-Fournier n’est pas un toponyme officiel, mais est plutôt utilisé par la population pour désigner la côte qui permet d’accéder à l’église et aux environs. La Côte-des-Fournier, c’est un peu la haute-ville de Grande-Vallée, où on retrouve le bureau de poste, la salle municipale, le couvent, la caisse populaire, etc. Les premiers habitants à s’être installés sur ce promontoire sont Simon Fournier et son épouse Chantale Laberge. Simon Fournier est le père de la lignée des « Fournier de su’a côte ».

Noroît

Le mot noroît (nourouais dans le langage populaire) désigne le vent venant du nord-ouest. À Grande-Vallée, il s’agit du secteur situé au nord-ouest de la rivière Grande-Vallée. Les premières familles à s’y être fixées furent celles d’Étienne Fournier en 1843, puis de Joseph Gamache quelques années plus tard. Les familles Chicoine, Coulombe, Minville, Larrivée, Francoeur et Richard (pour ne nommer que celles-ci) vinrent par la suite s’y établir.


La suite du petit lexique dans un prochain article ! Il sera entre autres question de toutes ces coulées et ruisseaux qui se jettent dans la rivière Grande-Vallée et qui rappellent le souvenir de bûcherons et autres travailleurs forestiers du début du XXe siècle.

Advertisements

9 réflexions sur “Petit lexique toponymique de Grande-Vallée (partie 1)

  1. Fournier Régis dit :

    Bonjour Marc-Antoine, juste une petite précision: Dans Cap des soeurs, Les soeurs de St-Paul étaient ici avant 1950, cependant le Couvent fut construit dans les années 50, je vérifie l’année exacte et te reviens là-dessus.

  2. David Richard dit :

    Merci Marc-André.

    J’en connaissais déjà un bon bout mais j’en ai aussi appris pas mal.

    Hâte à la suite.

    Beau travail.

    • marcadufresne dit :

      Merci M. Richard ! La suite en décembre. Je parlerai entre autres du Ruisseau-André, de la coulée à Desjardins, de la coulée du bois d’église et de la fameuse Roche-À-Bonneau.

  3. Lucien Minville dit :

    Les sœurs Saint- Paul sont arrivées à Grande-Vallée en 19 43 pour s’installer dans le couvent( à l’endroit où est présentement l’accueil touristique) nouvellement construit pour elles.
    Il fut détruit par les flammes le 3 février 1949. Les religieuses n’ayant plus d’endroit pour se loger ont été obligées de partir. Ils furent remplacées au début des années 50 par les Ursulines qui plus tard ont été remplacées par les Sœurs du Saint-Rosaire dans le couvent érigé sur la côte.. Donc, les Sœurs Saint-Paul n’ont jamais été sut la côte.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s