Petit lexique toponymique de Grande-Vallée (partie 2)

En novembre 2015, je publiais un premier billet exhibant la richesse de la toponymie grande-valléenne. Aujourd’hui, je récidive en présentant le deuxième volet de ce dossier dédié aux lieux-dits du village. On retrouvera dans la suite de ce lexique quelques toponymes de cours d’eau, pour la plupart nommés en l’honneur de travailleurs forestiers.

Ruisseau-André

Le Ruisseau-André, affluent de la Rivière Grande-Vallée, fait référence à André Chrétien, « jobbeur » et contremaitre forestier à Grande-Vallée pour le compte de la Dominion Lumber co. Originaire de la paroisse de Rivière-au-Renard, Chrétien épousa à Grande-Vallée Julie Racicot le 8 janvier 1906, elle-même fille de forestier (son père était Bruno Racicot, foreman venu de Montebello). André Chrétien était reconnu pour sa grande force physique. Il quitta Grande-Vallée au cours des années 1910 pour s’installer à Gaspé.

Coulée-à-Luc

La Coulée-à-Luc rappelle Luc Landry, un autre bûcheron. Natif de l’Anse-au-Griffon, il s’amène à Grande-Vallée au début des années 1900 à une époque où les chantiers et le moulin des Lovell embauchaient jusqu’à 250 personnes, dont plusieurs provenaient des villages environnants. C’est ici qu’il fit la rencontre d’Elmire Lachance, fille de Jean Lachance et de Wilhelmine Brousseau de Petite-Vallée. Ils se marièrent le 3 novembre 1903. Au début des années 1910, alors que la Dominion avait cessé ses activités et que les perspectives d’emploi étaient plutôt nulles, Luc Landry et sa famille s’exilèrent aux États-Unis.

Famille Luc Landry. Source : Page facebook Landry Family from Warren RI Luc and Elmire LaChance Landry

Famille Luc Landry. Source : Page facebook Landry Family from Warren RI Luc and Elmire LaChance Landry

Un des descendants du couple a écrit l’histoire familiale. Pour en savoir plus, cliquez-ici (en anglais seulement).

Ruisseau-Bonneau / Roche-à-Bonneau

Deux toponymes portent le nom de Bonneau à Grande-Vallée. D’abord, un ruisseau qui se jette dans la rivière Grande-Vallée, puis un rocher situé à la frontière ouest de la localité. Dans les deux cas, ces noms peuvent être reliés à la famille Bonneau, présente dans les environs dès les années 1870. En effet, c’est à cette période qu’on voit apparaître un premier porteur de ce patronyme à Grande-Vallée. Le 19 avril 1875, Elzéar Bonneau, voyageur et pêcheur de Montmagny, épouse Marie Caron, fille de Jean-Baptiste et de Marcelline Fournier. Ils habiteront Grande-Vallée pendant quelques années avant de se fixer à Rivière-Madeleine.

Coulée-du-bois-d’église

Vue de l'arrière de l'église de Grande-Vallée. Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec.

Vue de l’arrière de l’église de Grande-Vallée. Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec.

Belle histoire que celle entourant le nom de la Coulée-du-bois-d’église. D’abord, rappelons certains faits. En novembre 1908, un incendie détruit la chapelle du village. Les quelque centaines d’habitant de Grande-Vallée et de Petite-Vallée se retrouvent sans véritable lieu de culte. Alors que le curé Joseph Drapeau entreprend les démarches de reconstruction, les dirigeants de la Dominion Lumber Company offrent une parcelle de leur concession afin qu’y soit prélevé le bois nécessaire à l’érection du nouveau Temple. Ce serait donc dans cette coulée, située à l’est de la rivière Grande-Vallée, qu’aurait été coupé le bois de charpente de l’actuelle église St-François-Xavier.

Coulée-à-Mailloux

Autre vestige de l’époque des Lovell, ce toponyme pourrait évoquer l’un des deux travailleurs forestiers du nom de Mailloux qui se trouvaient à Grande-Vallée au début du siècle dernier : Jean-Baptiste ou Philippe. Au service de la Dominion Lumber Co., ces derniers n’avaient, à première vue, aucun lien de parenté évident. Le premier est né en 1846 à St-Bernard-de-Lacolle. Marié et père de famille, il vint travailler seul sur les chantiers de la compagnie. Au recensement de 1911, on le retrouve à Iberville (Saint-Jean-sur-Richelieu) où il occupait les fonctions de charretier. Le second, Philippe, est né en 1863 à St-Flavien, comté de Lotbinière. À son départ de Grande-Vallée, le bûcheron se serait établi à Coaticook, comme quelques autres employés de la Dominion Lumber co.

Ruisseau-à-Charles-Gagné

Situé dans le secteur de l’Anse-à-Mercier, tout près du terrain de camping, ce ruisseau porte le nom de Charles Gagné, l’un des fils de Ferdinand Gagné et d’Éléonore Richard. Avec son épouse Démerise Caron (de Cap-Chat), Charles fonde en 1868 une famille qui comptera 13 enfants. Parmi ses descendants, on retrouve de nombreux Bernatchez, Langlois, Minville et Francoeur.


D’autres toponymes méritent d’être analysés et expliqués. Je pense entre autres à la Coulée-Langlois, la Coulée-à-Desjardins, la Coulée-Ferrée et d’autres noms évoquant le patrimoine forestier ou généalogique de Grande-Vallée. J’y reviendrai dans d’autres articles.

Sources

  • Ancestry.ca, Registres d’état civil du Québec, Fonds Drouin
  • BUJOLD, Alexis, Notes historiques de Grande-Vallée, 1842-1947
  • Hamel, Paul J., The Landry family of Warren, Rhode Island
  • JEUNESSE CANADA AU TRAVAIL, Grande-Vallée-des-Monts, 1842-1977
  • Recensements canadiens de 1901 et 1911.
  • Ressources naturelles Canada
  • RICHARD, Marcelline, Paroisse St-François-Xavier de Grande-Vallée, 100 ans de foi

Photo de couverture : Vers 1900. – Carte postale représentant le village de Grande-Vallée, dont l’usine de transformation du bois de la famille Lowell (compagnie Dominion). Musée de la Gaspésie. Fonds Cornélius Brotherton . P141/1/5/22/3.

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4 réflexions sur “Petit lexique toponymique de Grande-Vallée (partie 2)

  1. lisette dit :

    je suis née en 1949 je m était jamais intéressé a ca mais cest formidable j aime .j ai meme les photos de charles gagné et demerise caron dans mon passage

    • marcadufresne dit :

      Bonjour Mme Lisette,

      C’est formidable. Gardez bien précieusement la photo. Charles et Démerise font partie des pionniers de Grande-Vallée !

  2. Sylvain Lemieux dit :

    Je me souviens,étant petit,ma mère Lumina Richard épouse de Germain Lemieux utilisait le terme « Coulée-à-Mailloux » pour vulgariser certaines « coulisses »du quotidien.

  3. Stephane Beaudoin dit :

    J’ai pris le temps de lire ces pages de notre histoire avec un grand intérêt et aussi me rendre compte du vécu de notre village et des gens qui y ont laissé leurs empreintes.
    Beaucoup de gens aiment lire ou entendre les histoires sur leur origine. J’ai adoré.

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