Le couple Joseph Noël - Sarah Coulombe et leurs enfants. Au centre, Julie Noël, mère de Joseph. Source : Collection André Goiziou.

Ces Français de l’Estran

Je vous ai déjà parlé de l’Estran ? Ce magnifique territoire de la côte septentrionale gaspésienne, sis entre mer et montagnes ? Cette région ponctuée de hameaux et de villages aux noms colorés est habitée de façon permanente depuis les années 1830. D’abord colonisé par des familles canadiennes-françaises venues de la Côte-du-Sud, du Bas-Saint-Laurent et de Charlevoix, le littoral s’étendant entre les villages de Manche-d’Épée et de Grand-Étang accueillit également son lot d’expatriés aux origines étrangères. En effet, jusqu’au début du XXe siècle, Jersiais, Irlandais, et Français vinrent aussi participer au peuplement de cette portion du littoral.

Mon récent voyage dans l’Hexagone m’a donné l’idée d’aborder le thème de l’immigration française en Estran. Voici donc une brève biographique de quelque cinq ressortissants français ayant pris souche dans mon coin de la Gaspésie. 

Pierre Huet

Selon son acte de mariage, Pierre Huet serait originaire du département de la Manche. Né vers 1807, fils de Jacques et de Catherine Baudouin, il aurait grandit dans cette région maritime du nord de la France, à Grandville, Avranches ou Cherbourg peut-être. Les différents documents consultés ne nous informent pas quant à son lieu d’origine exact.

On le retrouve à Percé en 1835 alors qu’il unit sa destiné à celle de Marie McGinnis, fille de Julien et de Marthe Fournier, aussi de Percé.  Marcel Fournier dans son ouvrage Les Français du Québec, indique que Pierre Huet serait arrivé au Québec vers 1832 via Saint-Pierre-et-Miquelon ou les Îles de la Manche. Huet était d’abord et avant tout pêcheur. À cet effet, on peut se questionner sur son motif d’immigration. Faisait-il partie d’un de ces équipages de pêcheurs français qui fréquentaient jadis le Golfe du Saint-Laurent, ou bien fut-il engagé par une compagnie jersiaise comme la Robin ?

d13p_30620470

Acte de mariage de Pierre Huet et de Marie McGinnis, le 13 avril 1835 à Percé. Source : Registres du Fonds Drouin, Saint-Michel de Percé, 1896, soixante-quatorzième feuillet. ©Institut généalogique Drouin.

Pierre Huet et son épouse n’auraient pas habité bien longtemps Percé. Les sources écrites nous laissent croire que le couple aurait choisi de s’établir à Grand-Étang ou aux Chlorydormes (Cloridorme) vers la fin des années 1830. En effet, les registres de Saint-Michel-de-Percé pour l’année 1843 nous renseignent quant au baptême de Charles Huet, premier fils du couple. Il serait né trois ans plus tôt à Cloridorme. Une fille, Céleste, serait née vers 1838. Son acte de baptême demeure introuvable. Un demi-douzaine d’enfants tous nés en Estran vinrent se joindre au noyau familial.

Pierre Huet passa le reste de sa vie à Cloridorme à exercer le métier de cultivateur-pêcheur, l’apanage de la majorité des hommes du temps. Il décéda le 21 mai 1894 et fut inhumé le 24 du même mois. Le jour de ses funérailles, Marie McGinnis s’éteint. Elle le suivra au cimetière deux jours plus tard.

Pierre Cléro

Pierre Huet ne fut pas le seul français à résider à Cloridorme. Un autre pêcheur, du nom de Pierre Cléro, y habita également. L’acte de sépulture de ce dernier rédigé en février 1860 nous confirme sa nationalité sans toutefois nous informer de ses origines et de son état civil.

Le huit février mil huit cent soixante, nous prêtre missionnaire soussigné avons béni, dans le cimetière du Cloridorme, la fosse de Pierre Cléro, pêcheur, Français de naissance et résident au Cloridorme depuis plusieurs années ; les noms de son père et de sa mère nous sont inconnus. Décédé le six décembre dernier et inhumé le sept, âgé d’environ soixante ans. Présents Joseph Coulombe et Pierre Hué qui n’ont su signer.

Cloridorme, dans les années 1930. Huet et Cléro ont habité l’endroit au XIXe siècle. Source : Musée de la Gaspésie. Fonds Cornélius Brotherton. P141/1/5/16/1.

François et Jean Briard

Les gens du coin connaissent bien la Côte des Briard située à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine. Ce bout de terre particulièrement poudreux les jours de tempêtes hivernales rappelle les noms de François-Pierre et de Jean Briard, deux frères installés en Estran à l’aube des années 1840. Fils de Jean Pierre Briard et de Marie Lavoix, ces pêcheurs-cultivateurs étaient originaires de la Normandie.

C’est François Briard qui arriva le premier en Gaspésie. Des textes conservés aux archives de la paroisse de Sainte-Madeleine et cités par Marcel Plamondon dans ses notes historiques sur la paroisse, nous indiquent que Briard déposa les pieds à Rivière-Madeleine le 8 août 1837 ; « Venu de France deux ans plus tôt, il a d’abord fait la pêche à l’Île Bonaventure […] puis il a finalement décidé de s’installer à Madeleine ».

L’année suivante, son frère Jean le rejoint, venant directement de France. Ce dernier aurait construit sa maison sur un flanc de la falaise à l’embouchure de la Rivière Madeleine, en face du barachois. La messe y est même célébrée pendant quelques années dès 1845. Jean Briard est décédé accidentellement le 16 août 1860. Le curé Jean-Baptiste Blouin béni sa fausse quatre ans plus tard.

François quant à lui épousa Marie-Louise Dunn, veuve de Joseph Synnett, le 6 août 1852. Deux enfants naitront de cette union : Jean-Pierre et François, qui assura à lui seul la descendance des Briard. Le « père » Briard est décédé le 19 mai 1888 à l’âge de 85 ans.

Joseph Noël (Goiziou)

Quelle histoire que celle de Joseph Goiziou, Français d’outremer installé en Estran un peu avant 1910. Ce dernier est né vers 1878 à Langlade, une île de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Pour échapper à son service militaire, Joseph Goiziou prend le nom de sa mère (une Noël des Îles-de-la-Madeleine) et quitte le milieu insulaire pour débarquer à Québec vers 1900. C’est là qu’il rencontrera Sarah Coulombe, une domestique gaspésienne avec qui il convolera en juste noce le 5 février 1901 à l’église St-Roch.

L’acte de mariage ne nous révèle rien de la vrai identité de Joseph Noël. Dans le document, il est écrit que Noël était originaire de Saint-Malo en France et qu’il était orphelin. Or, sa mère (Julie Noël) était toujours vivante à cette époque : la preuve, on la retrouve à Petite-Vallée entre 1910 et 1915, comme nous le montre la photo ci-dessous.

Le couple Joseph Noël - Sarah Coulombe et leurs enfants. Au centre, Julie Noël, mère de Joseph. Source : Collection André Goiziou.

Le couple Joseph Noël – Sarah Coulombe et leurs enfants, sur le balcon de leur maison de Petite-Vallée. Au centre, Julie Noël, mère de Joseph. Source : Collection André Goiziou.

Joseph Noël et Sara Coulombe ont déserté les faubourgs de Québec pour s’installer à Petite-Vallée quelques années après leur mariage. En tout, 12 enfants sont nés de cette union. La famille a quitté la région au début des années 1940.

D’autres Français s’installèrent sur le littoral nord de la péninsule gaspésienne. Nous n’avons qu’à penser à Alexandre Campion s’étant fixé à Mont-Louis puis à l’Anse-Pleureuse au XIXe siècle, ainsi qu’à Jacques Eve qu’on retrouvera du côté de Cap-des-Rosiers. J’explorerai le destin de ces autres expatriés dans un prochain billet.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s